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31.05.2008
EUGENIE DE MONTIJO ET NAPOLEON III -Suite 3-
ARTICLE DE ANDRE CASTELOT PARU DANS LE N° SPECIAL 37 DE LA REVUE HISTORIA.
Le 1er janvier 1853 a lieu une grande réception aux Tuileries. Au moment où Eugénie entre dans le salon, elle est bousculée par Mme FORTOUL, épouse du ministre de l’Intérieur, qui lance à l’adresse de la jeune fille quelques mots flétrissant «l’insolence des aventurières». L’Empereur voit la pâleur et le trouble d’Eugénie. Il se précipite :
«Qu’avez-vous ? Qu’y a-t-il ?
- Il y a, Sire, qu’on m’a insultée ce soir, mais qu’on ne m’insultera pas une seconde fois. Je ne reparaîtrai pas ici.
- Soyez tranquille, répond-il, on ne vous insultera plus.»
Mais durant la semaine suivante, aucun message n’arrive des Tuileries. Eugénie et sa mère ne se doutent pas que l’Empereur est assiégé par sa famille.
«On peut tomber amoureux de Mlle de MONTIJO, crie Mathilde qui ne mâche pas ses mots, on couche avec elle, mais on ne l’épouse pas !» Mais Napoléon n’a plus peur. Il tient bon : «Je l’aime, c’est elle que je veux !» Ses ministres ont beau lui dire qu’il joue sa popularité, qu’il s’agit «d’une union indigne de sa race, indigne de la France», l’Empereur hausse les épaules. Il veut avoir Eugénie. PERSIGNY, qui l’a aidé à prendre le pouvoir, ose même saisir l’Empereur par un bouton de son habit : «Ce n’est pas la peine d’avoir risqué le coup d’Etat avec nous pour épouser une lorette !» Son demi-frère, MORNY –autre complice du 2 décembre– tente de le raisonner. Pourquoi le nouvel Empereur ne choisit-il pas une jeune fille de l’aristocratie ? Napoléon III demeure inflexible. «Après tout, lance pour finir le vieux roi Jérôme, le frère du grand Empereur, fais-en à ta tête. Puisque tu l’aimes, prends-la pour femme : tu auras au moins une belle créature dans ton lit !» Pendant ce temps, Eugénie est affreusement irritée et déçue. Comment, après tant de déclarations et d’allusions, l’Empereur oserait se dédire ? Les journées passent. Il faut prendre une décision. Eugénie, la duchesse d’ALBE et leurs amis estiment qu’il faut quitter PARIS. «Tout de suite, sans un mot», déclare Eugénie. Cependant, par correction, elle se résigne à se rendre le 12 janvier aux Tuileries où doit avoir lieu la première réception impériale. Ce soir-là, Eugénie gravit l’escalier au bras du baron James de ROTHSCHILD. On vient d’imposer aux hommes l’habit de cour. Les chambellans sont en vert, les maîtres de cérémonies en violet, les officiers d’ordonnance en bleu clair. A l’arrivée de l’Empereur, la musique joue Partant pour la Syrie, l’air composé jadis pour la reine Hortense. Eugénie s’incline devant Napoléon III assis sur son trône, puis elle veut aller s’asseoir sur une banquette, mais la femme d’un ministre lance aigrement : «Ces places sont gardées, mademoiselle.» Eugénie sent ses jambes se dérober sous elle. Elle est prête à se trouver mal. Un chambellan vient lui annoncer que l’Empereur, après avoir ouvert le bal avec lady COWLEY, femme de l’ambassadeur d’Angleterre, dansera avec Mlle de MONTIJO le second quadrille. Tandis que se succèdent les figures du quadrille, tous les assistants regardent le couple formé par l’Empereur et cette «petite MONTIJO». On sourit, on murmure, on chuchote.
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