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15.05.2008

EUGENIE DE MONTIJO & NAPOLEON III -Suite2-

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ARTICLE DE ANDRE CASTELOT PARU DANS LE N° SPECIAL 37 DE LA REVUE HISTORIA.

Mais le Président ne s’était pas déclaré. Mme de MONTIJO n’en tremblait pas moins. Si le Prince allait se lasser ! Si son entourage allait lui imposer une fiancée, venue d’une maison souveraine ? Cette fois, définitivement compromise, Eugénie risquerait fort de ne plus trouver de mari.

Le plébiscite du 21 novembre dépasse tout ce que l’on pouvait imaginer. Le Président Louis-Napoléon devient l’Empereur Napoléon III. Eugénie et sa mère sont maintenant infiniment moins assurées. Ce qu’un Président de la République pouvait faire, un Empereur le pourra-t-il ? Ne devra-t-il pas, vis-à-vis de l’Europe, consolider la nouvelle monarchie en épousant une princesse ? Pourtant, trois semaines plus tard, à la fin du mois de décembre, il prie Eugénie et la comtesse de MONTIJO de se rendre aux chasses de COMPIEGNE, devenu résidence impériale. Les Espagnoles sont accueillies on ne peut plus froidement par la nouvelle cour. L’Empereur fait ce qu’il peut pour rendre leur séjour agréable. Il ne quitte pas la jeune fille des yeux. Il l’aime –il la désire surtout– à en perdre l’esprit. Un après-midi, il se place derrière Eugénie qui joue au vingt-et-un.

Soudain, elle se tourne vers l’Empereur pour le consulter et lui montre son jeu :
«Il n’est pas mauvais, lui dit-il. Vous devriez vous y tenir, moi je le ferais.
- Pas moi ! réplique-t-elle. Tant pis, je tire ! Je veux tout ou rien, ajoute-t-elle en le regardant fixement. Elle demande des cartes et reçoit un as.
- Un as ! s’écrie-t-elle triomphalement. Comme j’ai eu raison ! Il faut toujours persister dans la vie.»

Tout le monde est en effervescence. Un matin, dans le parc, elle lui montre un trèfle chargé de gouttes de rosée. Le jour-même, il envoie BACCIOCHI à PARIS chez un bijoutier et, le lendemain, à une loterie que l’on tire pour la fête de Noël, c’est Eugénie qui gagne le gros lot : un trèfle d’émeraude entouré de diamants. Il n’en peut plus et se confie à son ami FLEURY :
«Ah ! mon cher, comme je l’aime !
- Je le vois bien, sire, répond FLEURY. Alors, n’hésitez pas : épousez-là !
- J’y songe», dit-il gravement en effilant ses moustaches.

Néanmoins il hésite encore. Avant de rentrer à PARIS, il lui fait une nouvelle déclaration. Puis, se souvenant des bruits que l’on colporte, il demande :
«Pouvez-vous m’assurer que votre cœur n’est pas pris sérieusement ?
- Je vous tromperais, sire, si je vous disais que mon cœur n’a jamais parlé, mais ce que je puis vous assurer, c’est que je suis toujours Mlle de MONTIJO.»

L’Empereur cueille alors une branche de lierre, l’arrondit en forme de couronne et la lui tend en murmurant :
«En attendant l’autre.»

Eugénie sent son cœur battre à grands coups. Va-t-elle toucher son but ? Va-t-elle toucher au résultat heureux de ses manœuvres adroites ? Elle a 26 ans, n’aime pas, bien sûr, cet homme de 43 ans, bas sur pattes, gras et au visage déjà ridé, mais il est Empereur ! Assurément elle l’admire d’avoir su prendre la couronne, elle l’estime. Et cet homme semble maintenant lui offrir son trône ! Il le lui offre mais, par crainte du scandale, n’ose pas encore franchir le pas. Il a peur des réactions, peur de la princesse Mathilde, peur de son gouvernement qui ne sera certes pas flatté par le mariage de son nouveau chef.